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L’exemple de la Grèce antique, dans sa simplicité, nous aide souvent à comprendre le présent. C’est ainsi qu’Hérodote au livre V – 78 dit tout naturellement que les Athéniens lorsqu’ils travaillaient pour un maître ne se donnaient aucune peine et qu’aussitôt libérés, travaillant pour eux-mêmes, ils firent un grand effort et connurent de grands succès. Ceci se traduisit d’ailleurs dans les faits puisque d’abord la liberté et l’enthousiasme des combattants rendaient compte de succès des Grecs contre un envahisseur bien plus nombreux et que bientôt la démocratie à Athènes coïncida avec un effort extraordinaire dans tous les domaines et en particulier dans le domaine culturel où apparaissent alors tous les chefs d’œuvre.
Dans le rang des démocraties actuelles, cet effort de participation et d’engagement est moins net, il faut l’encourager de toutes les manières possibles : c’est à quoi s’emploie L’élan nouveau des citoyens dirigé par le docteur Rodet. Mais il en est ainsi dans tous les domaines où des Hommes se livrent à une activité commune avec un but commun. Cela est particulièrement évident dans le sport, cela se sent à chaque insistant dans l’enseignement où le professeur doit toujours solliciter l’attention et la participation de chacun et faire naître chez tous ce désir d’apprendre et de se distinguer qui est si précieux. Il est vrai également dans le domaine industriel et commercial, pour toutes les entreprises, petites ou grandes. On peut même dire qu’en ce sens, cette action est facilitée par le fait qu’il s’agit d’un groupe bien délimité travaillant pour un objectif également bien déterminé. Si chacun travaille à contre cœur, sans bien comprendre pourquoi il fait ce qu’il fait, et sans se sentir reconnu et encouragé, rien n’ira bien pour lui, ni pour son travail : il sera lui-même bientôt victime du stress, si fort à la mode de nos jours ; et, de toute évidence, s’il travaille mal, l’affaire en souffrira. Il faut donc absolument remédier le mieux possible à cet état de chose.
Une crise économique a des causes d’ordre économique auxquelles il est urgent de remédier ; mais elle a, en plus, des causes morales, pour lesquelles il est peut être plus facile d’agir. On ne parle pas ici des incorrections morales et des imprudences qui ont pu se produire dans la gestion de ces entreprises : le domaine est ici plus général. Il faut, en effet, que chacun des employés de l’entreprise se sente reconnu, accepté, et responsable ; il faut aussi qu’il comprenne l’utilité de ce qu’il fait, à la fois dans son activité immédiate et dans les objectifs plus lointains de l’entreprise. Ce but est bien clair ; mais comment l’atteindre ? Il faut évidemment s’en remettre à l’initiative des employeurs, qui, s’ils veulent aboutir à quelque chose, doivent absolument communiquer de proche en proche à leurs employés ce sens de leur engagement. Ils doivent les écouter de façon individuelle ; ils doivent examiner avec eux leurs difficultés. Ils doivent se faire comprendre d’eux, et d’abord les comprendre. Cela se fera par des entretiens multiples, à des niveaux divers mais pourquoi pas ? Toute responsabilité dans une entreprise comporte aussi un élément d’éducation, c’est à dire de reconnaissance de l’autre et d’entraînement progressif. C’est bien là un de ces cas où un effort de solidarité et de compréhension réciproque aboutit non seulement à un état plus heureux de chacun mais à un succès d’ordre pratique et même économique.
Il existe des groupements de solidarité en ce domaine : ce sont les syndicats et il est fort bon qu’ils existent. Ils défendent collectivement les employés par rapport aux employeurs ; et il est trop évident que chaque groupe peut avoir ses intérêts souvent opposés. Mais il doit absolument exister, dans un domaine parallèle, des liens d’une nature tout autre et trop souvent négligés. En venant à bout du stress ou du malaise qui pèse sur certains, on améliore les résultats, la prospérité et le succès de la collectivité. L’engagement de chacun en accroissant son zèle, devrait rendre les gens à la fois plus utiles à la communauté, et aussi plus heureux pour eux mêmes.
Oui, le monde irait sans doute mieux, si à côté des problèmes économiques qui nous menacent directement, on parlait un peu plus qu’on ne le fait de sens morale et de solidarité : nous y aurions tous beaucoup à gagner. |